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Communications scientifiques et publications

1. « Les astres immortels » (Dossiers d’Archéologie 372, 2015)

Éléments primordiaux des récits cosmogoniques et théogoniques, les astres sont pourtant, même sous leur forme divine et anthropomorphe, remarquablement discrets dans le paysage cultuel du polythéisme grec. C’est plutôt à travers une tradition littéraire et narrative que se dessinent les traits qui caractérisent les astres comme un ensemble singulier de divinités, plus aptes encore que les autres immortels à représenter une éternité en contraste avec l’aspect irrévocablement transitoire de la vie humaine. Ainsi, les trois divinités astrales de la fratrie hésiodique, Hélios, Séléné et Éos, sont reliées par des correspondances frappantes entre certains récits constitutifs de leurs biographies respectives. L’amant de la Lune, Endymion, dort d’un sommeil éternel, contrepartie de son immortalité ; l’époux de l’Aurore, Tithon, a lui aussi obtenu la vie éternelle, mais est pris dans un processus de vieillissement perpétuel ; enfin Phaéton, fils du Soleil, tout à son désir de prouver la légitimité de ses origines divines, est conduit par son hubris à une mort prématurée et violente. Chacun de ces dieux cosmiques et célestes est donc confronté à la destinée inéluctable du mortel qu’il chérit le plus. À cette relative impuissance des divinités à sauver les hommes de leur condition mortelle répondent d’autres types de récits touchant aux astres : les narrations de catastérismes, dans lesquelles un personnage, animal ou objet est transformé par les dieux en corps céleste ou en constellation. À son tour, ce mode particulier d’accession à l’éternité révèle la relation particulière entre les astres et les tensions entre les limites de la condition mortelle et l’immortalité des dieux.

 

2. « Le mythe d’Endymion » (séminaire Imaginaires mythologiques des sociétés anciennes, S. Barbara, Université Lille 3, 2015)

Cette communication propose une analyse de la scholie à Apollonios de Rhodes (Argonautiques, IV, 57-58) qui constitue le document antique le plus fourni concernant Endymion. L’objectif de l’étude n’est pas seulement d’examiner, comme le fait la scholie elle-même, les points de convergence et de divergence des sources anciennes, mais plutôt d’observer la façon dont le scholiaste organise ces occurrences éparses d’un nom propre, celui d’Endymion, pour les constituer en personnage. De tels travaux de compilation et de comparaison, dès l’Antiquité, sont en effet des étapes cruciales dans la construction d’une mythologie, c’est-à-dire de représentations (récits, figures, personnages) dont la cohérence est le fruit d’une élaboration à partir d’un matériau de nature disparate. Ainsi, le dossier d’Endymion semble présenter un cas d’homonymie entre au moins deux identités initialement distinctes : un roi d’Étolie, familier des dieux et colonisateur de l’Élide, et un berger carien du mont Latmos, amant de Séléné, la déesse-lune. Toutefois le scholiaste, faisant oeuvre de structuraliste avant la lettre, établit entre les divers énoncés un réseau de correspondances systématiques qui aplanit les décalages et réunit l’écheveau des différentes traditions en une seule trame biographique pourvue d’une unité artificielle, articulée autour de deux motifs-pivots : le sommeil éternel et l’élection divine. C’est ainsi que les mentions d’Endymion dans la littérature archaïque se transforment, dans le commentaire à Apollonios, en préfigurations de l’Endymion hellénistique, aimé de Séléné et motif de prédilection de la poésie et de l’iconographie notamment à l’époque impériale. Cette opération de synthèse se révèle un exemple particulièrement intéressant de la manière dont un nom propre peut devenir un personnage et un mythe.

 

3. « The myth of Endymion : a sleeping beauty ? » (Seminario del mundo antiguo. Mitología clásica, Pontificia Universidad Católica de Valparaíso, Chili, 2015)

L’objet de cette communication, présentée en anglais, est le sommeil comme aspect constitutif du mythe d’Endymion tel qu’il se construit dès l’Antiquité. L’étude s’appuie principalement sur les sources littéraires mentionnées dans la scholie à Apollonios de Rhodes (Argonautiques, IV, 57- 58), qui recense notamment une série de témoignages d’époque archaïque concernant Endymion. Dans un premier temps, il convient de rappeler que ce que nous appelons personnage ou mythe est le résultat d’une construction a posteriori qui, souvent à partir d’un nom propre et de ses occurrences dans des sources hétérogènes, postule ou projette une cohérence là où celle-ci n’existe pas originellement. Ainsi, deux traditions principales, initialement séparées par les époques et le contenu, se rattachent au nom d’Endymion : l’une, dès la période archaïque, en fait un roi grec colonisateur, descendant de Deucalion et ami de Zeus ; l’autre, qui n’est véritablement attestée qu’à partir de l’époque hellénistique, le décrit comme un berger du mont Latmos, en Asie Mineure, et comme l’amant de la Lune. Il est possible de supposer des mécanismes qui permettent de passer historiquement d’un Endymion à l’autre, et de tenter d’établir une arborescence diachronique des différents récits ; mais une telle opération reste purement spéculative, et il nous semble plus enrichissant d’aborder le sommeil d’Endymion comme l’intersection unique entre une série d’autres ensembles. L’ambiguïté entre faveur divine et châtiment éternel, mise en exergue par le scholiaste d’Apollonios, se comprend en effet par rapport à deux pôles regroupant des récits connexes : d’une part les personnages chéris des dieux ou des déesses qui accèdent de ce fait à une forme d’éternité, comme Ganymède, bien que les divinités se révèlent parfois impuissantes à les sauver de la mort (on songe à des rejetons divins comme Phaéton ou Sarpédon) ; d’autre part, les personnages qui ont commis un crime à l’encontre des dieux et sont punis de mort, voire d’un châtiment éternel dans le Tartare, comme Ixion. Ces ensembles ne sauraient d’ailleurs se définir comme entièrement antithétiques, puisque certains mortels, comme Iasion, sont punis d’avoir été aimés d’une déesse ; et lorsqu’à l’inverse cette dernière tente d’obtenir pour eux un traitement de faveur, celui-ci peut se retourner contre eux, comme le montre l’exemple de Tithon et, de manière plus ambivalente, celui d’Endymion. C’est sur cette proximité troublante entre mort et immortalité que se joue en effet le sort du beau dormeur et, d’une manière ou d’une autre, de tout homme qui se rapproche trop des dieux.

 

4. « Le rêve d’Endymion » (Séminaire doctoral Paris-Pise, ENS Ulm et Scuola Normale Superiore de Pise, 2016)

Nous cherchons à résoudre ici l’apparent paradoxe suscité par la caractérisation du personnage d’Endymion dans les sources littéraires et iconographiques à partir de l’époque hellénistique. Dans la tradition dominante (au point qu’elle occulte toutes les autres dès l’époque impériale), l’identité d’Endymion peut en effet se résumer à deux traits saillants : l’amour de Séléné et le sommeil éternel. Ces deux caractéristiques devenues topiques semblent difficiles à concilier, le sommeil d’Endymion représentant un obstacle non seulement à une union sexuelle, mais encore à l’échange de regards indispensable à la relation amoureuse. Une solution attestée par toute une tradition littéraire serait celle du rêve épiphanique, par lequel la divinité se manifeste à un mortel endormi. Toutefois, assez étrangement, aucune source textuelle ne fait mention de cette possibilité dans le cas d’Endymion : son sommeil ne semble avoir ni commencement précis, ni fin, ni péripétie. La série de sources archaïques dont la scholie à Apollonios de Rhodes (IV, 57-58) fait mention insiste sur la singularité du sort réservé par les dieux à Endymion, qu’il soit présenté comme élu ou victime ; à côté de ces récits où le destin du jeune homme est tantôt de mourir, tantôt de s’endormir pour toujours, on trouve une variante unique attribuée au poète Licymnios de Chios, où le dieu-sommeil Hypnos, épris d’Endymion, le fait dormir les yeux ouverts. En rapprochant ces divers textes et fragments d’exemples littéraires de rêves épiphaniques (notamment dans les épopées homériques) ou d’expériences d’épiphanie divine ayant le sommeil pour toile de fond (comme celle d’Aphrodite à Anchise dans l’Hymne homérique consacré à la déesse), on peut se livrer à un exercice expérimental de « mythologie-fiction » et tenter de reconstituer la scène onirique qui fait défaut à l’histoire d’Endymion et de Séléné. Une telle démarche a le mérite de montrer que si le scénario du rêve d’Endymion est, à notre connaissance, absent des textes antiques, c’est avant tout faute d’une véritable narration, dotée d’une ligne chronologique et d’épisodes : le sommeil d’Endymion, sans endormissement ni réveil, est hors du temps et ne laisse pas place au rêve. Le premier paradoxe, celui de l’amant éternellement assoupi, laisse place ainsi à un second, celui de la lune invisible : brillant aux yeux de tous, Séléné est discrète et furtive exclusivement pour celui qu’elle aime.

 

5. « Death, dream and desire. Selene’s epiphany on Roman sarcophagi (2nd3rd cent. A. D.) » (colloque international ”Fly me to the moon”. The moon in human imagination, Université de Gênes, Italie, 2019, actes en cours de publication, Genova University Press)

On s’intéressera ici à un corpus particulier, celui des bas-reliefs ornant les sarcophages en pierre manufacturés et utilisés dans l’Empire romain, principalement aux IIe et IIIe s. ap. J.-C. : il s’agit en effet de la principale source iconographique antique documentant l’amour de Séléné pour Endymion, sujet qui, inversement, constitue le motif mythologique le plus répandu sur les sarcophages qui nous sont parvenus. La popularité de ce topos visuel s’explique à la fois par son aspect immédiatement reconnaissable (grâce à la juxtaposition caractéristique d’un jeune homme allongé, d’une déesse debout descendant d’un char et du dieu Hypnos) et par sa polyvalence (le motif étant apte à exprimer, selon le contexte et les modalités de la représentation, le deuil, la consolation ou l’éloge funèbre). L’interprétation la plus évidente et la plus répandue du sommeil d’Endymion sur les sarcophages fait de lui une image atténuée de la mort et relève de la tentation analogique qui consiste à chercher dans les bas-reliefs mythologiques des références au destin ou à la personnalité du défunt. Toutefois, ce genre d’analogie biographique n’est rien de plus qu’une facilité qui n’est applicable que fort partiellement. La confrontation du dossier iconographique au discours des sources textuelles met en lumière des stratégies propres à la représentation visuelle et infléchissant la narration dans un sens inédit. Ainsi, alors que la littérature grecque et latine présente le sommeil d’Endymion comme éternel et intemporel, sans rêve ni réveil, les sarcophages font entrevoir des potentialités dans l’espace laissé vide par les silences des textes. En examinant les évolutions spécifiques au motif d’Endymion dans l’iconographie funéraire (comme le dédoublement de la scène en deux épisodes montrant l’arrivée et le départ de Séléné), mais surtout les autres sujets mythologiques participant de la même typologie du dormeur visité par un dieu (Ariane découverte par Dionysos, Rhéa Silvia et Mars), on parvient à dégager une signification particulière de la descente de Séléné auprès de son amant. La présence du dieu Hypnos se révèle investie d’une fonction inattendue, puisqu’elle signale moins l’éternité d’un sommeil sans retour qu’une frontière perméable entre deux univers, celui du dormeur et la réalité extérieure. La déesse dont l’épiphanie est dépeinte sur les sarcophages n’est donc pas de manière univoque une visiteuse qui contemple son amant, inconscient de sa présence : elle peut aussi être vue comme une apparition visible de lui seul, une manifestation onirique relevant de la subjectivité du dormeur. Là où les sources littéraires n’envisagent pas la possibilité d’un rêve, l’iconographie la suggère par le biais de stratégies de représentation au sein d’une typologie des images.

 

6. « Typologie, analogie et construction d’identités funéraires sur les sarcophages romains mythologiques (IIe-IVe s. av. J.-C.) » (journées d’études « Pratiques funéraires et identité(s) », Université de Strasbourg, 2020 (report 2021), actes à paraître dans la revue Archimède. Archéologie et histoire ancienne)

Les sarcophages utilisés dans l’Empire romain à partir du IIe s. apr. J.-C. constituent de précieux supports pour l’expression des identités. La flexibilité sémantique qui caractérise en particulier les bas-reliefs à thèmes mythologiques permet une interprétation à des niveaux multiples, le message véhiculé s’adaptant aux volontés du défunt et de ses proches. L’approche analogique consiste à examiner les rapports de rapprochement ou d’assimilation qui s’établissent entre modèles mythologiques et identités réelles, par le biais de pratiques comme celle des portraits d’époque. L’approche typologique procède du constat de la récurrence de certains motifs visuels, comme celui du dormeur, qui réunissent des figures et des récits initialement distincts. La combinaison de l’analogie et de la typologie permet de comprendre les stratégies iconographiques qui aboutissent à la construction d’une identité funéraire.

 

7. « L’Antiquité au clair de lune : ombre, lumière et illusion » (journée d’études « Poétiques de la nuit. Night studies de l’Antiquité à l’époque moderne », Université Catholique de Louvain, 2020 (report 2022), actes à paraître dans la revue GEMCA : Papers in progress)

Dans le paysage nocturne antique, la lune constitue la principale source naturelle de lumière. Si les éclipses sont fréquemment associées à des présages funestes, le clair de lune lui-même projette une lueur ambiguë, qui révèle les choses en même temps qu’elle les frappe d’incertitude et dont émanent divers types de visions plus ou moins trompeuses que l’on peut regrouper sous le terme grec d’eidôla. Notre étude porte sur trois cas particuliers de « ruses lunaires » : celui des merles blancs du Cyllène, évoqués dans un fragment d’Apollodore d’Athènes, celui des hyènes qui hypnotisent les chiens par un jeu d’ombres (chez Élien) et celui du stratagème des Phocidiens qui se blanchissent au gypse pour attaquer lors d’une nuit de pleine lune, comme le raconte Pausanias. Une approche inspirée des méthodes de l’anthropologie structurale permet de dégager les réseaux de relations qui unissent ces dossiers, à première vue si disparates. Anomalies, sorcellerie, apparition miraculeuse ou divine : l’étude conjointe des trois figures révèle les liens profonds qui unissent la nuit, la lune et les phénomènes d’illusion, de tromperie et de piège.

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