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– « Une paix sans nom ? (Démosthène, Sur les forfaitures de l’ambassade, § 204) », Revue des Études Grecques, tome 133, 2020/1, p. 23-37.

Au § 204 du plaidoyer Sur les forfaitures de l’ambassade (XIX) de Démosthène, la paix, τὴν εἰρήνην, est qualifiée par l’adjectif épicène ἀνώμοτον qui, exceptionnellement, prend ici un sens passif : « qui n’est pas jurée ». Outre que c’est un hapax dans cet emploi, le mot ayant toujours ailleurs, y compris chez Démosthène, un sens actif : « qui n’a pas prêté serment », il soulève des difficultés d’interprétation : en effet, l’orateur explique aux § 158 et 278 du discours que Philippe et ses alliés ont effectivement prêté serment en 346 ; et, d’autre part, il ne fait absolument aucune mention des amendements au traité négociés en 344-343 et rejetés par le roi de Macédoine ; de sorte qu’il est très difficile de comprendre à quoi peut bien faire allusion cette paix « qui n’est pas jurée ». Corriger le texte transmis s’avère néanmoins délicat dans la mesure où cette leçon, parfaitement classique pour la forme, est attestée par toute la tradition manuscrite ; et les quelques conjectures proposées jusqu’ici n’ont pas emporté l’adhésion. Il convient donc d’étudier en détail l’emploi qui est fait ici de l’adjectif ἀνώμοτον afin de déterminer s’il faut l’émender ou, au moins, l’athétiser et, si tel est le cas, quelle correction pourrait s’avérer convaincante.

– « L’infinitif †εὐθενεῖσθαι† au § 231 du discours Sur les forfaitures de l’ambassade de Démosthène : Proposition de correction », Revue des Études Grecques, tome 132, 2019/2, p. 341-365.

Dans son édition du plaidoyer Sur les forfaitures de l’ambassade de Démosthène, Henri Weil remarque qu’au § 231, l’infinitif εὐθενεῖσθαι, pourtant attesté dans les meilleurs manuscrits, ne convient pas pour le sens, le passage reposant sur une opposition très nette entre Eschine et ses complices d’un côté, et Démosthène de l’autre, parataxe adversative que la disparition des prévaricateurs dans le tour « la cité prospérait » vient rompre. Il faut attendre l’édition de Samuel H. Butcher pour que les conséquences de cette analyse se traduisent dans le texte proposé par l’obélisation du verbe. Ni Karl Fuhr, ni Georges Mathieu ne suivent Butcher dans cette voie, mais les deux éditeurs les plus récents de Démosthène, Douglas M. MacDowell et Mervin R. Dilts n’hésitent plus désormais à condamner le texte transmis. Toutefois, aucune des corrections proposées à ce jour ne permet à la fois de répondre aux objections soulevées par Weil et d’expliquer de façon convaincante comment le texte a pu être corrompu en cet endroit pour produire à la place l’infinitif †εὐθενεῖσθαι†. C’est cette difficulté que le présent article entend résoudre en proposant une solution paléographiquement, morphologiquement et sémantiquement satisfaisante.

– « À propos de Démosthène, Sur les forfaitures de l’ambassade, § 35 : Où l’on découvre qu’une conséquence peut en cacher une autre », Revue des Études Grecques, tome 132, 2019/1, p. 37-54.

Les éditeurs et traducteurs du plaidoyer Sur les forfaitures de l’ambassade de Démosthène traitent la proposition consécutive présente au § 35 comme une proposition indépendante : ils placent un point devant, traduisent sa conjonction ὥστε comme une coordination (et l’écrivent Ὥστε avec une majuscule s’ils sont français), et emploient l’indicatif pour en rendre les verbes, notant ainsi un résultat avéré et situé dans le temps. Pourtant, dans les manuscrits, cette consécutive est à l’infinitif et présente la négation μή, ce qui devrait imposer à la fois de la joindre à la phrase qui précède au lieu de l’en détacher par un point, et de la traduire comme une consécutive « logique » et non « réelle ». Il convient donc d’examiner cette difficulté de plus près afin de voir si le texte grec et sa traduction ne doivent pas être ici corrigés.

– « Achille au Chant XXIV de l’Iliade  : lion exécrable ou héros admirable ? », Revue des Études Grecques, tome 127, 2014/1, p. 1-27.

Au Chant XXIV de l’Iliade, quand s’achève le poème, le statut de son plus grand héros, Achille, n’est pas arrêté. Il vient de prouver, lors des jeux funèbres en l’honneur de Patrocle, qu’il savait, à la différence d’Agamemnon, répartir les prix équitablement et briller au milieu des Achéens comme un roi de justice. Toutefois, le problème que soulève le traitement indigne et sauvage infligé par ce même Achille au cadavre d’Hector reste entier et met sa gloire en péril. Il n’est pas encore devenu le « meilleur des Achéens ». Et c’est précisément, dans l’Iliade, tout l’enjeu de ce dernier Chant que de confirmer son titre et, par là, son renom.

– « Les silences d’Homère », Revue des Études Grecques, tome 126, 2013/2, p. 289-344.

L’Iliade et l’Odyssée gardent souvent le silence : l’une sur l’autre d’abord ; mais aussi sur de très nombreux épisodes de la guerre de Troie que nous connaissons par ce qui survit des poèmes du Cycle et ce que nous en apprend le reste de la littérature grecque ancienne ; sur les traits les plus merveilleux et fantastiques de ces histoires et de leurs protagonistes ; sur les leçons, enfin, qui constituent le cœur de la tradition hésiodique, mais qui semblent curieusement absentes, sous une forme explicite, des compositions homériques. Pour expliquer ces silences d’Homère, de nombreux interprètes invoquent l’ignorance du poète. Prenant parti, peu ou prou, dans les querelles qui continuent aujourd’hui encore d’entourer la « question homérique » et fixant dans le temps à la fois le monde peint par les épopées et la création même de ces œuvres, ils déterminent ce que le poème d’Achille savait ou ne savait pas de Mémnon, de Penthésilée ou de Néoptolème ; ce que l’Odyssée connaissait de l’Iliade et vice versa  ; ce que « valent » et comment interviennent les poèmes du Cycle dans ce cadre ; ce qu’Homère et ses héros comprenaient de l’idée de justice et de morale ; quelle sophistication, enfin, on est en droit d’attendre, ou non, de compositions élaborées de telle ou telle manière à telle ou telle époque. Or il est une autre explication possible à tous ces silences. Loin de les tenir pour le produit des ignorances supposées d’Homère, pourquoi ne pas envisager plutôt qu’ils puissent être délibérés et procéder de raisons essentiellement « littéraires » ? Cette explication, qui, sans renier l’origine orale et traditionnelle des compositions homériques, repose sur leur originalité profonde, tant sur le fond que pour la forme, permet en outre de mieux comprendre les liens qu’elles entretiennent entre elles, mais aussi avec les épopées du Cycle comme avec les poèmes hésiodiques.

– « Priam ou la force de l’âge », Mètis, N. S. 7, 2009, p. 137-170.

Au début du Chant III de l’Iliade, Hector propose à son frère Pâris de régler par un duel avec Ménélas l’issue de la guerre de Troie. Le défi est lancé et l’Atride le relève, mais à la condition que Priam, et non ses fils, dont il se défie, règle le combat. Toutefois, Ménélas n’évoque pas la sagesse du souverain troyen, mais convoque au contraire « la force de Priam » : Πριάμοιο βίην. Or la « force » dont il est question ici, la βίη, est en grec toute physique, souvent martiale, violente et brutale, et parfaitement absente des vieillards, qui l’ont perdue. Cette étrange formule constitue donc presque un oxymore et mérite qu’on s’y arrête.

– « Il(s) frappai(en)t à la ronde : Remarques sur la signification de l’adverbe ἐπιστροφάδην dans les épopées homériques », Revue des Études Grecques, tome 121, 2008/2, p. 421-442.

L’adverbe ἐπιστροφάδην, « en se tournant de tous côtés, à la ronde », est d’un emploi assez rare dans la diction homérique. On en trouve deux occurrences seulement dans l’Iliade : Diomède dans la Dolonie « tuait à la ronde » Rhésos et ses Thraces (κτεῖνε δ’ ἐπιστροφάδην : X.483) ; Achille lors de son aristie « frappait à la ronde » les Troyens (τύπτε δ’ ἐπιστροφάδην : XXI.20). Deux autres dans l’Odyssée peignent avec les mêmes formules (τύπτον δ’ ἐπιστροφάδην : ΧΧΙΙ.308 et κτεῖνον δ’ ἐπιστροφάδην : XXIV.184) le massacre des prétendants par Ulysse et ses trois compagnons. Dans son livre Ulysse polutropos, Pietro Pucci rapproche ces emplois et montre comment, grâce au jeu formulaire, Ulysse, au terme de son épopée, mime les héros iliadiques, l’homme aux milles ruses devenant, le temps de sa vengeance, un champion de la force. Reste pourtant une cinquième et dernière occurrence à expliquer : dans l’Hymne homérique à Hermès (210), l’adverbe ἐπιστροφάδην sert à décrire la fuite « en tous sens, tournoyante, tourbillonnante » et pleine de fourbe qu’entreprend le jeune dieu qui vient de voler les vaches d’Apollon. Le mot n’appartient pas ici au domaine de la force martiale : βίη, mais à celui de sa grande rivale, l’idée : μῆτις. Comment, dès lors, concilier ces emplois apparemment contradictoires ?

– « Réalités et vérités dans la Théogonie et les Travaux et les Jours d’Hésiode », Mètis, N. S. 4, 2006, p. 139-164.

Dès les premiers vers de ses deux grands poèmes, Hésiode nous apprend qu’il va nous faire entendre la vérité. Toutefois, ce constat ne fait qu’ouvrir la voie à de nouvelles questions. Et, d’abord, quelle est cette vérité qu’Hésiode appelle tantôt les ἀληθέα, tantôt les ἔτυμα ? « Poétique », elle s’exprime au sein d’une composition littéraire : n’est-elle pas dès lors nécessairement « fiction » alors même qu’elle est véridique ? Divine dans la Théogonie, humaine dans Les Travaux et les Jours, la vérité dans l’œuvre d’Hésiode offre, paradoxalement, deux visages, selon qu’elle habite le temps des dieux ou celui des hommes, l’histoire de Prométhée et de Pandora ou le mythe des races.

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